Le réquisitoire (Le Dernier Jour d'un condamné, chapitre VIII)

Le Dernier Jour d’un condamné Module 2, séquence 3 Langue : les types de raisonnement

Extrait : chapitre VIII en entier, de « Comptons ce qui me reste : » à « … il me semble qu'il y a trois jours c'était jeudi. »

Texte

VIII

Comptons ce qui me reste :

Trois jours de délai après l'arrêt prononcé pour le pourvoi en cassation.

Huit jours d'oubli au parquet de la cour d'assises, après quoi les pièces, comme ils disent, sont envoyées au ministre.

Quinze jours d'attente chez le ministre, qui ne sait seulement pas qu'elles existent, et qui cependant est supposé les transmettre, après examen, à la cour de cassation.

Là, classement, numérotage, enregistrement ; car la guillotine est encombrée, et chacun ne doit passer qu'à son tour.

Quinze jours pour veiller à ce qu'il ne vous soit pas fait de passe-droit.

Enfin la cour s'assemble, d'ordinaire un jeudi, rejette vingt pourvois en masse, et renvoie le tout au ministre, qui renvoie au procureur général, qui renvoie au bourreau. Trois jours.

Le matin du quatrième jour, le substitut du procureur général se dit, en mettant sa cravate : — Il faut pourtant que cette affaire finisse. — Alors, si le substitut du greffier n'a pas quelque déjeuner d'amis qui l'en empêche, l'ordre d'exécution est minuté, rédigé, mis au net, expédié, et le lendemain dès l'aube on entend dans la place de Grève clouer une charpente, et dans les carrefours hurler à pleine voix des crieurs enroués.

En tout six semaines. La petite fille avait raison.

Or, voilà cinq semaines au moins, six peut-être, je n'ose compter, que je suis dans ce cabanon de Bicêtre, et il me semble qu'il y a trois jours c'était jeudi.

Victor Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné, chapitre VIII (1829).

Lexique — pourvoi en cassation : recours demandant l'annulation d'un jugement · parquet : magistrats chargés de l'accusation · passe-droit : faveur contraire au règlement · substitut : magistrat adjoint du procureur · greffier : officier qui rédige les actes du tribunal · minuté : rédigé en original · place de Grève : place de Paris où avaient lieu les exécutions · cabanon : petite cellule.

A. Étude de texte (10 points)

Contextualiser

1.

Complétez le tableau suivant. (1 pt)

AuteurTitre de l'œuvreGenreDate de publication
…………
2.

Situez ce passage : que s'est-il passé juste avant ? Que se passe-t-il au chapitre suivant ? (1 pt)

Analyser

3.

Relevez quatre indications de durée. À quel total le narrateur arrive-t-il ? (1 pt)

4.

Relevez quatre mots du champ lexical de la justice. (1 pt)

5.

Vrai ou faux ? Justifiez chaque réponse par une expression du texte. (1 pt)
a) Le pourvoi en cassation est une vraie chance de salut pour le condamné.
b) Le narrateur sait exactement depuis combien de temps il est à Bicêtre.

6.

« renvoie le tout au ministre, qui renvoie au procureur général, qui renvoie au bourreau » : quel procédé reconnaissez-vous ? Que montre-t-il sur la justice ? (1 pt)

7.

« la guillotine est encombrée, et chacun ne doit passer qu'à son tour » : quel ton emploie le narrateur ? Relevez un autre passage sur le même ton. (1 pt)

8.

Dans ce chapitre, le narrateur :
☐ espère être sauvé par son pourvoi ☐ accuse la justice : c'est un réquisitoire ☐ demande pardon à ses juges
Justifiez votre choix. (0,5 + 0,5 pt)

Réagir

9.

Selon vous, une justice qui traite la vie d'un homme comme une simple affaire de routine peut-elle être juste ? Donnez votre avis en une phrase. (1 pt)

10.

Justifiez votre avis par un argument appuyé sur un exemple. (1 pt)

B. Langue (10 points)

Les types de raisonnement

11.

1. Un premier condamné passe ses nuits à compter les jours ; un deuxième ne trouve plus le sommeil ; un troisième perd peu à peu la raison dans son cachot. L'attente de l'exécution est donc, pour tout condamné, une torture qui s'ajoute à la peine.
2. Toute peine irréversible empêche de réparer une erreur judiciaire. Or la peine de mort est irréversible. Donc la peine de mort empêche de réparer une erreur judiciaire.
3. Certes, le condamné a commis un crime grave ; cependant, la société ne doit pas répondre au meurtre par un autre meurtre.
4. Les partisans de la peine de mort affirment qu'elle dissuade les criminels. Ses adversaires répondent qu'elle est irréversible et qu'elle peut frapper des innocents. Il serait donc plus juste de la remplacer par une peine sévère qui protège la société sans ôter la vie.
11. a) Relevez les connecteurs logiques de chaque énoncé. (2 pts)
b) Nommez le type de raisonnement de chaque énoncé et justifiez par sa démarche. (4 pts)

12.

Indiquez le type de raisonnement de chaque énoncé et justifiez par un indice. (3 pts)
a) J'ai vu un élève tricher et échouer à l'examen ; un autre a été exclu ; un troisième a perdu une année entière. La tricherie finit donc toujours par se retourner contre le tricheur.
b) Tout citoyen doit respecter la loi. Or le juge est un citoyen. Il doit donc lui aussi respecter la loi.
c) Certes, le téléphone portable est un outil utile ; toutefois, son usage excessif nuit à la concentration des élèves.

13.

Quelle différence y a-t-il entre un raisonnement concessif et un raisonnement dialectique ? (1 pt)

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